Chronique de concert – Marillion au Transbordeur (20 janvier 2013)

Marillion était présent au Transbordeur de Villeurbanne (près de Lyon) ce dimanche 20 janvier, et j’étais bien sûr présent pour ce nouveau live d’un groupe qui n’est plus à présenter, ou du moins qui ne devrait plus l’être tant on le recommande : Marillion, c’est en effet une longévité remarquable (plus de trente ans de présence sur la scène progressive), deux chanteurs charismatiques qui se succédèrent (Fish puis Steve Hogarth), et surtout une qualité dans les albums produits qui n’est plus à prouver, les erreurs de parcours ayant été assez rares.

Après quatre ans de silence en studio et un Happiness Is The Road qui avait séduit la majorité des amateurs du groupe, Marillion nous revient ainsi fin 2012 avec un album très attendu, Sounds That Can’t Be Made, nouvelle galette qui, si elle n’a pas instauré un tournant dans le genre musical du groupe, a réussi le pari de surprendre à nouveau ses auditeurs : pas moins de trois titres sur huit dépassant les dix minutes, dont un morceau d’ouverture aussi complexe que fascinant, Gaza. A un Invisible Ink ou Pour My Love près (rayer la mention inutile selon votre ressenti), l’album est une réussite franche et constitue à mon sens un des meilleurs albums du groupe depuis Marbles en 2004. Une crainte cependant : Marillion arrivera t-il à interpréter aussi bien sur scène ses nouveaux morceaux ?

Ayant décidé pour la première fois de faire un concert non pas à Paris mais en province, c’est avec une certaine excitation que je me rends alors au concert. Je suis alors accompagné de plusieurs amis lyonnais, membres comme moi de l’excellente communauté française de fans de Marillion, Anoraks & Chemical Harvest (coucou Martin, Michel et son fils, Denis…). Ce qu’il y a de bien à l’approche d’un concert de Marillion, c’est cet échange de regards complices entre fans du groupe, cette sensation,  avant même que le show ait débuté, que l’on s’apprête doucement à vivre une magnifique soirée de plus. C’est que le public français de Marillion a toujours été fidèle au groupe (ce que ce dernier sait) et parmi les personnes qui m’accompagnent, grand étonnement puisque je suis finalement le seul à ne les avoir vus qu’une fois (à l’Olympia en 2009, un excellent concert).

Les conditions météorologiques sont dures : il fait froid, il neige, et à raison que l’on s’approche de la file d’attente à proximité d’un pont et du Transbordeur, la tombée de la neige redouble de puissance, jusqu’à en venir à supplier les agents de sécurité à ouvrir plus tôt les portes de la salle, ce qu’ils ne feront pas. Bientôt 19h et la foule se presse enfin dans la salle. Je découvre la salle en même temps que mes pas en foulent le sol, le bar est classieux, il y fait (heureusement) bien plus chaud que dehors, mais c’est surtout la scène du concert qui m’intéresse à ce moment précis et je décide de courir vers la scène, comme le font déjà certains fans, pour m’installer (c’est là la récompense) confortablement à la barrière, au premier rang, pile devant les pédales d’effets du guitariste Steve Rothery. Emplacement d’autant plus symbolique pour moi que j’avais passé tout le concert de l’Olympia exactement au même endroit. Suis-je à ce point superstitieux ? peut-être bien !

L’attente est à nouveau longue, mon dos sera d’accord avec moi pour les prochaines heures. La salle se remplit doucement mais sûrement, et tout à coup les lumières s’éteignent. Aziz Ibrahim fait son entrée sur scène pour assurer la première partie du show : accompagné simplement du percussionniste Dalbir Singh Rattan, il assurera tout au long de la grosse demi heure qui suivra une prestation tout à fait honorable, jouant seulement trois morceaux mais d’une longueur qui a pu en rebuter plus d’un ce soir-là. Deux guitares (dont une à diodes violettes et rouges), son collègue et ami aux percussions orientales, et surtout une ribambelle d’effets pour sa guitare qui seront beaucoup utilisés par Aziz. Les compositions se suivent et, malheureusement, se ressemblent un peu, ou du moins s’étalent tellement qu’on se surprend à décrocher un peu par moments pour se raccrocher soudainement à des phrasés qui titillent notre oreille. C’est finalement ce qu’on retient de la prestation : deux musiciens au jeu très technique, contents d’être là, une musique agréable la plupart du temps mais sûrement un peu trop complexe pour qui l’entend la toute première fois.

Puis c’est reparti pour une nouvelle attente, qui semble pour le coup interminable. Un autre  forumeur d’Anoraks & Chemical Harvest (et pas n’importe lequel ! coucou Christophe et un grand merci à lui pour ses photos) nous rejoint pour quelques instants, cette fois de l’autre côté de la barrière, dans la fosse photo. L’occasion de tricher un peu et d’essayer de découvrir la set-list, ce qui donnera lieu à des échanges savoureux entre fans (« non, ils jouent Beautiful et You’re Gone ?! », « mais non, je déconne ! ou pas »). Le matériel arrive tranquillement sur scène, l’heure défile… déjà bientôt 21h.

Les lumières s’éteignent enfin et les premiers bruitages de Gaza envahissent la salle. Les musiciens arrivent bientôt sur scène, Steve Rothery nous fait grâce d’un de ses nombreux riffs inspirés tandis que Steve Hogarth impressionne dès le début par une voix cristalline qui n’aura rien à envier pendant tout le show aux versions studio. Le son est fort, un peu trop sans doute pour moi (merci les bouchons) mais plutôt bien mixé. Petit bémol néanmoins concernant la basse de Pete Trewavas un peu trop mise en avant et par instants carrément brouillonne, et la guitare de Rothery, légèrement sous-mixée à mon goût.

Steve Hogarth (© Christophe Demagny)

Force est de constater que Gaza passe aussi bien en live que sur l’album. Il faut même avoir un certain culot pour commencer un show avec une pièce aussi complexe, mais Marillion n’est généralement pas un groupe qui joue la facilité et on ne peut que les soutenir dans cette démarche. Hormis un petit plantage de Mark Kelly et un oubli au chant, l’ouverture du concert est une grande réussite et les applaudissements seront mérités, bien qu’un peu timides au début. Le groupe enchaîne ensuite avec deux morceaux cultes issus de l’album Clutching At Straws, les dénommés Warm Wet Circles et That Time Of The Night, qui séduisent tout l’auditoire du Transbordeur, déchaîné lorsqu’il s’agit de chanter en même temps que le groupe. Là encore, l’enchaînement Gaza / Clutching est vraiment osé de la part de Marillion mais, assumé comme il l’est par le groupe, il ne choque finalement pas plus que ça.

L’ambiance se calme un peu après ces deux morceaux, le groupe s’attelant à jouer The Sky Above The Rain, autre morceau de leur dernier album. Si l’interprétation est parfaite, je n’en retiens finalement pas grand chose, le titre étant sans doute un peu trop calme pour un début de concert, ce qui aura raison de ma concentration et me fera décrocher de temps à autre. S’ensuit You’re Gone, le « tube » entraînant de Marbles (et qui divise toujours autant les fans). Le titre, un peu longuet sur album, passe finalement assez rapidement sur scène, et a le mérite, en dépit de ses faiblesses musicales pour un groupe comme Marillion, de mettre une très bonne ambiance. Pour My Love fait ensuite retomber à nouveau l’ambiance, à juste titre puisqu’il s’agit d’une ballade issue de leur dernier album. Le titre, peu apprécié des fans sur album, l’est également sur scène apparemment, le public ne réagissant étonnamment pas  du tout lorsque Steve Hogarth annonce le titre du morceau. Si, précisément, une seule réaction se fera entendre ce soir-là : un « ooooh » soupiré par quelqu’un, signe que le morceau peine à convaincre malgré un côté attachant qui fait que, pour ma part, je le préfère à Invisible Ink. Le solo de Steve Rothery, magnifique, me fait passer à nouveau un bon moment.

C’est alors que le concert, par le morceau qui va suivre, battra enfin son plein et sans aucun relâchement jusqu’à la fin. Le groupe nous gratifie en effet d’un enchaînement de morceaux aussi bons les uns que les autres et qui, bien que sans surprendre, permettent de se rendre compte à quel point Marillion est et restera un groupe puissant et magique en concert.

Power lance les hostilités – rarement un morceau de Marillion aura porté aussi bien son nom – avec un Pete Trewavas qui donne le ton à la basse. Bien que le morceau ne comporte pas de solo épique ni un refrain des plus originaux, le titre fait l’effet d’une bombe et me retourne totalement, tant il arrive à s’imposer sur scène. Un futur classique en live, à coup sûr. Sans même m’en rendre compte, car encore sous le choc de Power, les premiers accords de Neverland emplissent le Transbordeur, ce qui me ramène pour la première fois de la soirée en 2009, lorsque le groupe avait interprété à l’Olympia ce classique de la formation Hogarth. Rien à dire sur l’interprétation : je me délecte du toucher cristallin de Steve Rothery, de la voix envoûtée de Steve Hogarth et du jeu des autres musiciens, le morceau est joué sans fioritures et de manière très attendue (ce qui pourrait décevoir certains, j’imagine).

Steve Rothery (Photo © Christophe Demagny)

Steve Rothery (Photo © Christophe Demagny)

Neverland est un classique et le restera, et j’ai été ravi ce soir-là de pouvoir l’entendre à nouveau. Le morceau éponyme du dernier album, cinquième et ultime titre interprété de cet opus ce soir, fait dresser le même constat que pour Power : un titre géant, taillé pour la scène, qui fait la part belle à Steve Rothery – une fois n’est pas coutume – et aux claviers de Mark Kelly, un peu trop discret depuis le début. Etant claviériste moi-même, je me plais alors à écouter chaque note qui sortira de son clavier sur ce morceau. Steve Rothery enchaîne avec un solo de guitare magistral, mêlé aux lignes de chant d’Hogarth, à nouveau très en forme vocalement. On m’avait dit qu’à Paris, la veille ou l’avant-veille, ce morceau avait été joué avec une fin légèrement différente : je n’ai en tout cas pas souvenir que ça l’ait été pour nous. Toujours au sein de cet enchaînement diabolique (ici synonyme d’orgasmique), The Great Escape, seul morceau de Brave à être très souvent joué sur scène, me transporte tout autant que le reste, voire plus, tant ce titre offre une palette intense d’émotions. Un chef d’oeuvre de Marillion, encore un pour ce soir.

Le groupe, tout en continuant à jouer d’excellents morceaux, présente cette fois un titre qui je crois n’est pas forcément souvent joué, King : je ne m’en rappelais d’ailleurs pas très bien. Il n’empêche qu’il ne m’a pas fallu longtemps pour me souvenir à quel point cette nouvelle pièce du groupe est une réussite et Mark Kelly s’en donnera à coeur joie derrière ses claviers. Le final, tonitruant, laisse présager la fin prochaine du concert, hypothèse vérifiée puisque Steve Hogarth annonce alors le dernier morceau (prétendu !) de la soirée, Man Of A Thousand Faces. Issu de l’album This Strange Engine, véritable tube en puissance (plutôt rare à signaler pour un titre entièrement acoustique), il contribue à rendre l’ambiance festive et offre un visage un peu différent de Marillion, ce que j’ai toujours apprécié. Le groupe se retire ensuite, et les applaudissements soutenus prient le groupe de revenir bien vite…

… Ce qu’il fera deux fois. La première, pour jouer A Few Words For The Dead, beau titre d’un album inégal (Radiation) que j’ai redécouvert ce soir-là, Steve Hogarth nous gratifiant au passage d’un jeu de scène bien sympathique qui rappelle un peu les interprétations d’Invisible Man. La seconde fois, le groupe revient pour un enchainement de deux classiques de la période Fish : Kayleigh et Lavender. Deux morceaux cultes du groupe, teintés d’une certaine nostalgie et d’un son déjà reconnaissable. Steve Rothery nous fait grâce à nouveau de son toucher exceptionnel à travers de multiples soli fidèles à l’album Misplaced Childhood.

Le groupe salue enfin une dernière fois et repart en coulisses. Que dire de ce concert ? il s’agit bien sûr d’une réussite et tous les musiciens ce soir-là étaient manifestement ravis de partager la scène du Transbordeur (salle que j’ai beaucoup apprécié) : Steve Hogarth était dans une forme vocale impressionnante, Mark Kelly discret dans la première partie du show, a eu de véritables moments de grâce dans la seconde moitié et Steve Rothery, bien que n’ayant bougé une seule fois de son mètre carré encerclé par son imposant pédalier (pour donner un médiator à un petit garçon qui était à ma gauche), a lancé au public de nombreux sourires. Sounds That Can’t Be Made est une réussite sur (presque) tous les plans sur scène, notamment les morceaux Gaza, Power et l’éponyme. Deux petits bémols au final : un « ventre mou » court mais assez  tôt durant le concert (l’enchaînement The Sky Above The Rain – You’re Gone – Pour My Love) et des albums injustement zappés (on pense à Happiness Is The Road, à Anoraknophobia ou même à Somewhere Else) qui laisse penser que, si excellent le show a pu être, il est sans doute un peu plus inégal dans son déroulement que le show à l’Olympia en 2009. Il n’en reste pas moins que ce concert est d’une excellence rare et que Marillion est décidément un groupe dont on souhaiterait qu’il revienne tous les ans dans nos contrées tant la magie opère sur scène. Signalons enfin que le groupe est également très accessible et chaque musicien s’est prêté, quelques minutes après le show, à une séance individuelle de photos et autographes. De vrais gentlemans, on vous dit !

Et vous, étiez-vous présent aussi ? qu’avez-vous pensé des concerts de Lyon et de Paris ?

Retrospective – ANGE, ou le groupe éternel (partie 1, 1969-1978)

Ange-1

Par Augustin. L’histoire du groupe Ange débute en 1969, lorsque Christian et Francis Décamps (22 ans et 17 ans) décident de  fusionner leurs deux groupes respectifs, à savoir l’orchestre de bal « Les Anges » de Christian et le groupe « Evolution » de Francis. Très vite rejoints en 1970 par Jean-Michel Brézovar à la guitare solo, Jean-Claude Rio à la guitare rythmique, Patrick Kachanian à la basse (ainsi qu’à la flûte) et Gérard Jelsch à la batterie et aux percussions, ils montent alors sur Belfort un opéra de près de trois heures qu’ils appellent La Fantastique Epopée du Général Machin. Ils sortent un 45 tours, Israël/Cauchemard, mais qui passera inaperçu.  Jean-Claude Rio et Patrick Kachanian quittent le groupe à l’aube de 1971. Daniel Haas, bassiste, rejoint bientôt le groupe. Ange gagne un concours au Golf-Drouot et signe chez Philips, où ils enregistrent Tout Feu, Tout Flamme. En 1972, Ange sort son premier album, Caricatures, dans un style rock progressif poétique et théâtral se démarquant des autres productions de l’époque. Dignité, un des morceaux qui dure plus de 9 minutes, est l’un des points forts de l’album et comporte des paroles médiévales qui feront la force du groupe dans les années 70 : mélodie superbe, musicos au top, pont à la flûte, solo de guitare de Jean-Michel Brézovar… Que demander de plus ? c’est tellement beau… L’album comporte également une ballade acoustique, pour beaucoup l’une des meilleures compositions du groupe : Le Soir Du Diable. Le morceau Caricatures, 14 minutes, est peut-être également le morceau le plus progressif du groupe, avec en introduction un monologue d’un Christian Décamps paraissant comme possédé, comme souvent d’ailleurs ! nous tenons pour moi un grand album, où Ange est déjà en très grande forme, plus progressif que jamais. A noter qu’après la sortie de cette galette, Ange fut embauché par Johnny Hallyday pour faire la première partie du « Johnny Circus ».

Ces gens-là ont du goût

C’est en 1973 qu’Ange connaît le grand succès avec Le Cimetière Des Arlequins, notamment grâce à leur reprise de Ces Gens-Là du grand Jacques Brel. Cet album est une des plus grandes réussites du groupe de par son côté hétérogène : du progressif (Aujourd’hui C’est La Fête Chez L’apprenti Sorcier, Bivouac…), des ballades (De Temps En Temps, La Route Aux Cyprès…), des morceaux inclassables (L’espionne Lesbienne), mais le sommet de l’album revient au morceau éponyme Le Cimetière Des Arlequins. 9 minutes de pure poésie, d’un rock progressif qui monte en puissance jusqu’à l’explosion : c’est d’ailleurs cette année-là qu’ils se produisent au Reading Festival devant 30.000 personnes (pour l’anecdote, Steve Hogarth de Marillion a confié que c’est grâce à ce concert, auquel il avait assisté quand il n’avait que quinze ans, qu’il a voulu faire de la musique). Le groupe est alors à son apogée.

1974 : Au-Delà du Délire paraît. Il s’agit d’un album concept de huit titres qui raconte l’histoire de Godevin. Plus fantastique et médiéval que jamais, donc ! le style progressif est à nouveau de la partie comme des ballades ou des morceaux plus ravageurs. Le meilleur morceau, bien que trop court, est pour moi Si J’étais Le Messie. Quelle tuerie : les paroles sont fortes, l’album est d’une grande cohérence. Un chef-d’œuvre de prog, ni plus ni moins.

En 1975, Gérard Jelsch cède sa place au batteur Guénolé Biger. Ils enregistrent l’album Emile Jacotey, album inspiré d’un maréchal ferrant, Emile Jacquotet, intervenant quelquefois entre deux morceaux pour un monologue. C’est un album un tantinet plus calme mais tout aussi bon. C’est pourtant un album qui a assez déplu aux fans de la première heure car jugé trop différents des trois premiers. Pour ma part, il reste une grande réussite.

En 1976, Guénolé Biger, le nouveau batteur, quitte le groupe pour laisser la place à Jean-Pierre Guichard. Dans la foulée, ils enregistrent Par Les Fils de Mandrin, qui n’apporte malheureusement pas grand chose. Certes, les textes sont là, la musique aussi, mais c’est un peu redondant avec ce que le groupe aura produit avant. Il contient néanmoins d’excellentes titres comme le morceau éponyme, Au Café Du Colibri, Des Yeux Couleurs d’Enfants et Hymne à la Vie. C’est quand même un très bon album, mais l’effet de surprise n’est plus là.

En 1977, un live du groupe sort, une compilation également. Du changement aussi dans le line up : Brézovar et Haas quittent le groupe, Claude Demet remplace Brézovar à la guitare et Gérald Renard remplace Haas à la basse.

Le chef d’oeuvre Guet-Apens

Guet-Apens

C’est alors qu’en 1978 sort Guet-Apens, qui constitue pour ma part le plus grand album du groupe. Six morceaux, six chefs-d’œuvre. Voyons cela de plus près : le titre A Colin-Maillard introduit cette nouvelle galette, avec un riff de guitare ravageur avant que le morceau ne se calme (Francis Décamps utilise alors un mellotron). Christian Décamps est ensuite déchaîné à la fin ! le morceau suivant, Dans Les Poches Du Berger, est plus calme mais tout aussi sublime. Un Trou Dans La Case poursuit, et montre une fois de plus que le mélange des chœurs et du son du mellotron est vraiment somptueux. Cet album contient par la suite les deux plus grosses claques que j’ai pu avoir avec ce groupe : Réveille-toi et Capitaine-Cœur de Miel. Le premier commence très fort : l’instrumentation est divine, les paroles sont dérangeantes car nécrophyles : étrangement splendide. Les plus belles paroles que j’ai eu l’occasion d’entendre dans ma vie ! et ce n’est pas fini : le morceau suivant (Capitaine Coeur de Miel) est sûrement le plus beau morceau de tout l’histoire du groupe. 14 minutes au compteur, on peut s’attendre à du prog. Et, en quelque sorte, c’en est. Cap’tain crie son désespoir, sa solitude et tombe dans l’alcoolisme… Bouleversant, notamment le pont reliant les deux parties où Francis Décamps est seul au mellotron : j’ai rarement entendu un passage aussi sombre. En résumé, nul doute que Guet-Apens est bien le chef d’œuvre du groupe. Le groupe saura t-il toutefois confirmer ce chef d’œuvre ? Ange résistera t-il à l’épreuve du temps ? en 1978, la carrière d’Ange est loin d’être terminée et le groupe sortira de nombreux albums par la suite, sur lesquels nous reviendrons bientôt dans une seconde partie.

Et vous ? connaissez-vous déjà Ange et partagez-vous mon avis sur ces albums ?

Ecoutez la PLAYLIST ANGE : Dignité (1972) Ces Gens-Là (1973), Si J’étais Le Messie (1974), Sur La Trace Des Fées (1975), Hymne A La Vie (1976), Réveille-Toi (1978).

Découvrir Ange

Au final, trois albums relativement accessibles pour entrer dans l’univers du groupe : Guet Apens / Le Cimetière Des Arlequins / Emile Jacotey. Pour aller plus loin : Caricatures / Au-Delà Du Délire / Par Les Fils De Mandrin. Bien sûr, on parle des seventies.

Le site officiel du groupe Ange : http://www.ange-updlm.com/